Ahimsa et le moustique

Ahimsa et le moustique

Ça ferait un joli titre de conte pour enfants (et adultes), non ?

Avez-vous déjà entendu parler de Ahimsa ? Si vous suivez mes cours depuis le tout début, peut-être. Si vous avez lu la page sur laquelle j’explique pourquoi j’ai choisi d’appeler mon aventure yoga Om Satya Yoga aussi. Et si vous êtes un·e yogi·ni curieux·se, aussi, certainement.

Écrire sur Ahimsa, c’est un peu comme faire une dissert de philo sur la liberté : tellement cliché, complètement casse-gueule, et pourtant, incontournable. Je me souviens du conseil avisé de mon prof de philo de Terminale : « Si, le jour du bac, un des sujets de dissert est sur la liberté, prenez l’autre ». Résultat : j’ai tenté d’écrire quatre copies double en quatre heure sur « L’idée d’une liberté totale a-t-elle un sens ? » (oui, oui, je me souviens encore, mot pour mot, du sujet de mon bac de philo). J’ai eu 10. Passons.

Vous trouverez des tonnes d’articles sur Ahimsa sur le net. Certains très intéressants, d’autres très personnels. Je vais donc, avec celui-ci, ajouter ma pierre à cet édifice.

 

Petites tentatives de définitions

Ahimsa, c’est la non-violence. Etymologiquement, en sanscrit : himsa : violence et : préfixe privatif. Ahimsa, c’est le premier des yamas (des règles de vie que l’on choisit de s’appliquer pour vivre en harmonie avec les autres), qui sont, pour rappel, un des huit piliers du yoga (voir ici pour les autres). Non-violence envers les autres, humains, mais pas que (vous voyez presque le lien avec le moustique hein ?), mais aussi envers soi-même. En paroles, en pensées et en actions. Rien que ça, oui, oui.

Mais repassons deux minutes encore en mode **dissert de philo**. Pour écrire quatre copies double (rassurez-vous, ça ne sera pas aussi long !) sur un sujet, commençons pas le définir. Et pour avoir une idée de ce qu’est la non-violence, commençons par nous en faire une sur la violence.

Je vous invite donc à regarder cette courte vidéo d’un Youtubeur que j’adore : Et tout le monde s’en fout #21 – La violence, qui en parle très bien.

Personnellement, je trouve le monde dans lequel on vit aujourd’hui particulièrement violent. Dans les actes violents physiquement qui existent, bien sûr, mais pas que. Dans les discriminations et les ségrégations. Dans la négation de la parole démocratique. Dans l’injonction à se comporter de telle ou telle manière et la nécessité de rentrer dans le moule. Dans le regard qui est porté sur les minorités. Dans le peu d’attention et d’actions qui sont portées sur la problématique environnementale. Dans la négation de certains événements passés qui continuent d’avoir des effets aujourd’hui. Et dans plein d’autres choses encore. Non, vraiment, la violence, ce n’est pas juste des insultes ou des coups. C’est beaucoup plus pernicieux.

 

Et la violence que l’on intègre, envers soi. Nier ses émotions, ses besoins, sa colère. Tant de choses qu’on apprend à ignorer, à mettre de côté, à ne pas montrer, mais pourquoi en fait ? Est-ce que ce n’est pas ça, justement, qui nous permettrait de mieux nous apprivoiser, et surtout de créer et d’entretenir de belles relations avec notre entourage, saines, stables et reposantes ? Pouvoir exprimer ses besoins avant de se mettre en colère ? Pouvoir exprimer sa colère avant de devenir violent·e ? Pouvoir exprimer sa joie, sa tristesse, sans être jugé·e ?

 

Et dans ce cadre, être non-violent, c’est quoi ? C’est comment ?

Je n’ai pas la réponse à cette question. Mais je pense que comme la violence est l’expression d’une colère qui a duré trop longtemps et que l’on n’a pas écoutée, et que la colère est l’expression d’un besoin qui n’est pas satisfait, il est important de comprendre cette violence, d’où elle vient, donc sa colère, de l’observer, de l’apprivoiser, et donc de mettre en place les changements nécessaires pour la dépasser. Soit par rapport à soi, en se remettant en question, en changeant son point de vue, soit de manière globale, en mettant en place des actions qui permettront de changer ce qui a provoqué cette colère. Et l’un n’exclut pas l’autre. La colère invite à l’action. C’est un moteur, une impulsion.

Tâchons d’observer nos besoins, d’apprivoiser nos émotions, d’accepter notre colère – car la refouler est bien trop violent justement – et pensez de temps en temps à nous faire un gros câlin à nous-mêmes 💜

C’est le premier pas vers Ahimsa.

 

Vegan or not vegan ?

Ahimsa est souvent reliée au végétarisme ou au véganisme. C’est vrai qu’en termes de non-violence envers les animaux, commencer par ne pas en consommer est un bon début. Et je ne parlerai pas ici de l’argument anti-végéta*ien « Oui, mais la carotte, elle a mal, quand on l’arrache !! ». Gné.

Pour ma part ça fait presque vingt ans, avant même que je ne commence – connaisse même – le yoga que je ne mange plus de viande. Et depuis quelques années mon alimentation est de plus en plus végétale. Je ne dis pas vegan car je pense que c’est plus un argument marketing qu’une réalité. Pour être vegan, il faut qu’aucun animal n’ait été exploité pour la réalisation – d’un aliment, d’un vêtement, etc. et je pense que c’est très difficile à vérifier. Cela dépasse le simple fait de consommer de la viande ou du lait, ou encore de porter des vêtements en cuir. C’est se dire que dans la confection de tout ça, aucun animal ne rentre en compte. Il faudrait connaître en détail le processus de fabrication, ce qui est rarement le cas.

En ce moment, tout cet engouement autour du veganisme (et je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, loin de là, je suis très contente de pouvoir trouver des burgers végéta*iens dans les restaurants 🙃) est récupéré par les grands groupes industriels qui en font un argument commercial, tout comme le green washing. Et ça, ça m’énerve. Car au final, à présent, ce qui est vegan n’est pas synonyme de non-violent, pour soi (avec des produits industriels sur-emballés, plein de sucres ajoutés, de conservateurs, tout ça…) ni pour l’environnement (sur-emballés, déjà, et souvent cultivés à l’autre bout du monde, tout ça…). Ce qui m’énerve surtout, c’est que ces arguments commerciaux nous prennent pour des quiches, mais passons.

Alors est-ce qu’être ou ne pas être vegan, c’est incarner ou ne pas incarner Ahimsa ? Vous l’aurez compris, c’est plus compliqué que ça. C’est une question de balance – comment je hiérarchise pour faire mes propres choix, qu’est ce que je privilégie – et surtout de non-violence envers moi, mon corps, ma santé, mon environnement.

 

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos moustiques 😉

Oui, je l’avoue, le titre de cet article est un appel au clic alors que je ne parle presque pas des moustiques, mais j’aimais bien. Mea culpa.

Oui, je l’avoue aussi, je suis une tueuse de moustiques. Je suis même très forte pour ça. Je suis Cindy, the mosquitoe slayer (tiiiin, tin tin tiiiin *générique de Buffy contre les vampires*). Est-ce que ça signifie que je n’applique pas Ahimsa dans mon quotidien ? J’essaie pourtant du mieux que je peux. Mais j’avoue que c’est aussi me faire violence de me réveiller à 4h du matin parce que je viens de me faire piquer et que ça me démange très, très fort 😉 Et ce pour la quatrième nuit d’affilé. Alors que le réveil ne sonne que dans deux heures. Et que je risque de ne pas me rendormir. Bref. Désolée mes chers moustiques. Mais je suis sure que votre prochaine vie sera meilleure.

Je pense surtout que Ahimsa est plus compliquée que tout ça. Plus compliqué que de tuer des moustiques ou pas, de manger de la viande ou pas. Je pense que c’est une question de conscience de notre impact, de conscience de l’impact de nos actions, nos paroles, nos pensées. Et je pense que pour cheminer vers la non-violence, qui ressemble plus à un idéal vers lequel on tend plutôt qu’un principe de vie quotidienne, il faut déjà avoir cerné notre violence, y compris d’où elle vient, en nous, à l’extérieur de nous. Et que la nier est une violence en soi.

Je terminerai par le mantra de clôture que chantent les Ashtangi (les pratiquant·e·s de l’Ashtanga Vinyasa Yoga, un type de yoga dynamique et exigeant) à la fin de la séance :

Lokah Samastah Sukhino Bhavantu

« Puisse tous les êtres vivants vivre libres et heureux, et puissent mes pensées, paroles et actions y contribuer »

Et si c’était ça, Ahimsa ?

 

Bon c’est bien beau tout ça, mais j’ai mon tapis qui m’attend

Mais ça tombe bien, parce qu’Ahimsa, c’est aussi sur le tapis. C’est la douceur dans la pratique, l’écoute de son corps. C’est être attentif·ve à ses douleurs, les respecter, les observer et surtout, tout mettre en œuvre pour les traiter. C’est accepter de ralentir lorsque l’on sent que l’on en a besoin. Se détacher de la performance, de la posture parfaite, de la posture que l’on veut réussir à faire alors que notre corps n’est pas encore prêt. L’absence de violence dans l’effort physique mais aussi dans le jugement que l’on peut avoir sur notre pratique, et sur nous. Éviter de se dire que l’on est nul·le, pas assez musclé·e, pas assez souple, trop grand/gras/maigre/tordu·e.

On est comme on est.

Soyons des bisounours avec nous.

 

Namaste ❤🧡💛💚💙💜



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